Le développement d'un pôle microtechnique médical: la Franche-Comté, terre d'accueil
Comme autrefois dans l’horlogerie et la lunetterie, la Franche-Comté se construit aujourd’hui une identité industrielle basée sur les microtechniques.
By: Jean-Luc Clouard
Originally Published Le Journal de MEDTEC FRANCE Mars/Avril 2009
Dossier
Le développement d'un pôle microtechnique médical: la Franche-Comté, terre d'accueil
Comme autrefois dans l’horlogerie et la lunetterie, la Franche-Comté se construit aujourd’hui une identité industrielle basée sur les microtechniques.
Dossier
 |
|
La société Silmach, specialisée dans la conception et développement des microsystèmes, participe au projet Valvelec qui vise à concevoir un type de valve implantable dans le corps humain pour traiter l’hydrocéphalie.
|
Horodateurs, mécanismes d’affichage sur autoroutes, outillage pour réaliser les cartes à puces, objets de luxe de la bijouterie, résonateurs à quartz pour les transmissions d’image de la télévision, calculateurs mis à bord des satellites et des avions, têtes d’épilateurs, rouages métalliques présents dans les montres, connecteurs des automobiles et des téléphones portables. . . A la manière d’un inventaire à la Jacques Prévert, la liste des produits manufacturés en Franche Comté qui font appel aux microtechniques pourrait se décliner pendant des pages, tant la région s’est forgée en quelques années une spécialité dans ce domaine, aujourd’hui stratégique à tout développement industriel sophistiqué. Il faut dire que le terreau historique était riche de savoir-faire. Située au cœur de l’Europe laborieuse, la région franc-comtoise a brillé par ses compétences dès le XVIIIème siècle, en révélant au monde sa grande habilité à produire des mécanismes subtils et performants pour l’horlogerie (la première école d’horlogerie a été créée à Morteau en 1836 et la Franche-Comté comptait 2.300 horlogers en 1880!) et pour la lunetterie. Il n’y avait plus – pour ainsi dire – qu’à tirer le fil pour faire de la Franche-Comté la 2e région française pour le découpage emboutissage, et d’en faire la 3ème région pour le traitement de surfaces.
Un tel maillage ne pouvait qu'encourager les entreprises consommatrices de travail à façon à chercher des relais à même de concevoir et développer des produits spécifiques. Ce n'est pas pour rien que de Saint-Claude à Montbéliard, de Lons-le-Saulnier à Pontarlier, en passant par Dôle, Besançon et Belfort, les parcs d'activités ont fleuri, accélérant la croissance d'entreprises travaillant pour l'automobile – grande consommatrice de microtechniques – et l'usinage des métaux. Il y a aujourd'hui, ici, une des plus fortes concentrations européennes de tous les savoir-faire qui permettent de travailler la matière première, afin de réaliser les assemblages, les finitions et l'intégration vers ou avec d'autres composants. Cela ne s'est pas fait tout seul…ni en un jour.
Une région se mobilise
 |
Statice Santé maîtrise la conception, le développement, et la fabrication d’implants, d’instruments, et d’équipements de laboratoire, selon les spécifications de ses clients. Le PDG Serge Piranda est également président de la Commission médicale du Pôle des microtechniques.
|
Aux démarches conquérantes de chefs d'entreprises soucieux de répartir leur chiffre d'affaires dans différents secteurs d'activités, la région elle-même s'est mobilisée, ajoutant ce qu'elle pouvait de forces vives, en matière d'organismes publics, d'aides, de financement et d'enseignement. Conséquences: un Pôle des microtechniques a été officiellement labellisé le 14 octobre 2005. De quoi s'agit-il? D'un lieu d'animation, de sensibilisation et d'aide à l'action qui compte aujourd'hui 113 adhérents, 78 entreprises (+24% en 30 mois), 18 instituts, laboratoires et centres de recherche, 16 organismes professionnels et économiques. Il faut en moins en citer quelques uns, parmi les plus actifs: associée au CNRS, la Femto-ST, Unité de recherche la plus performante en électronique, mécanique, thermique et optique; le Laboratoire de microanalyse des surfaces (LMS), le Laboratoire d'études et de recherches sur les matériaux, les procédés et les surfaces (LERMPS), le Laboratoire automatique de Besançon (LAB), le Laboratoire de physique moléculaire, Mimento (plateforme de microfabrication), le Centre de transfert en micro et nanotechnologies; le projet Temisciences qui regroupe les principaux acteurs de la recherche; l'Ecole nationale supérieure de mécanique et des microtechniques (ENSMM), seule école d'ingénieurs spécialisée en microtechniques en France. Sans oublier l'Etablissement français du sang, l'Université de Franche-Comté, l'Université technologique de Belfort-Montbeliard.
A fin 2008, le Pôle avait labellisé 67 projets portant sur un montant total de 54 millions d'euros, dont 17,6 millions apportés par les acteurs publics (les 36,4 autres millions engagés par les entreprises). Si les projets se développent sur différents secteurs, la thématique biomédicale représente plus de 20% des projets commerciaux de développement technologique. Ce sont ceux-là qui nous intéressent ici.
 |
|
Basée a Besançon, la société Imasonic a développé un savoir unique dans le domaine des techniques de traitement des tumeurs par ultrasons de puissance focalisées.
|
Des exemples concrets? Le projet « Ultrasur » a été développé pour traiter les tumeurs par ultrasons focalisés. Les techniques de traitement des tumeurs par ultrasons de puissance focalisées, dénommés HIFU (High Intensity Focused Ultrasound) sont en effet en développement rapide. La technique est rapide, très faiblement évasive, et les effets latéraux sont le plus souvent bien moindre que ceux des techniques alternatives (chirurgie, radiothérapie, curie thérapie, chimiothérapie). La société Imasonic basée à Besançon a développé un savoir unique dans ce domaine. Le projet « Ultrassur » est portée par les sociétés Imasonic, ITT Industries et les laboratoires de Femto-ST. Il permet de développer des sources d'ultrasons focalisés de puissance destinées aux systèmes de traitement des tumeurs. Le projet porte sur l'étude des effets du vieillissement des matériaux et des structures dans des conditions de forte sollicitation acoustique. Des applications industrielles sont expérimentées.
Le projet « Scout-M » (éclaireur médical) est un projet qui vise à accompagner des entreprises de petite taille vers des marchés d'étude et de fabrication des dispositifs médicaux. Une première action a permis d'accompagner 13 entreprises (dont 10 PME) afin de leur faciliter l'accès aux marchés du médical et plus précisément des dispositifs médicaux. Un comité de pilotage avec les entreprises participantes au projet a été constitué.
Le projet Medicalip (Femto-ST, CHU de Besançon et de Dijon, INSERM Toulouse, Statice Santé, Alcis) vise à étudier la fabrication et les performances d'un diagnostic par microsystème embarqué de détection de cette infection. Le projet vise également à réduire la quantité de fluide biologique nécessaire au diagnostic.
 |
Associée au CNRS, Femto-ST développe une plateforme technologique de microfabrication utilisant les technologies de la microélectronique et celles de la micromécanique traditionnelle.
|
On peut citer d'autres exemples: Brain TEP (CHU de Besançon), il s'agit de développer un tomographe par émission de positons; (TEP) hautes performances qui sera dédié à l'exploration fonctionnelle du cerveau ; Valvelec (Sophysa, CEA, Sensirion, PI, Silmach) qui vise à concevoir un nouveau type de valve implantable dans le corps humain pour traiter l'hydrocéphalie; Trod (Trod Medical, Statice Santé, Alcis, Laboratoire automatique de Besançon, Stockert GmbH, hôpital Erasme à Bruxelles, Long Island Jewish Medical Center) qui développe un dispositif chirurgical microtechnique pour traiter le cancer de la prostate par radio fréquence; Consultime (Laboratoire d'optique PM Duffieux, CHU de Besançon, Etablissement français du sang) qui constitue un concept d'objectivation du contrôle ultime prétransfusionnel au lit du malade et destiné à en sécuriser totalement le contrôle.
La création de valeur ajoutée
« Entre Allemagne, Suisse et nord de l'Italie, la Franche-Comté se trouve au centre de l'Europe médicale », analyse Serge Piranda, PDG de Statice Santé et président de la Commission médicale du Pôle. « Dans un rayon de 3–400 kms, on trouve la quasi-totalité des entreprises européennes qui conçoivent et produisent des dispositifs médicaux. Nous savons que les développements se font d'abord dans le cadre de PME-PMI et nous avons identifié, dans cette région, un potentiel de 300 entreprises pouvant fonctionner ensemble et participer à la création de valeur ajoutée dans ce domaine». « Mais beaucoup d'entreprises n'arrivent pas à imaginer à quel point leur savoir-faire, notamment microtechnique, peut intéresser le médical », ajoute-t-il aussitôt, précisant que l'univers ne compte pas moins de 500.000 produits différents !
C'est la raison pour laquelle, en s'appuyant sur les outils régionaux existant, Serge Piranda a développé de véritables actions militantes, en faveur de la sensibilisation des chefs d'entreprises à de nouvelles perspectives. « Comme beaucoup d'entreprises travaillent avec le secteur automobile en sous-traitance directe ou de 2ème ou de 3ème rang, la situation tendue de ce marché a rendu les dirigeants plus attentifs à la nécessité pour eux de se diversifier », assure-t-il. Preuve de ce nouvel intérêt? A la fin du mois d'octobre dernier, une « demi-journée » d'information organisée à l'UIMM de Besançon a réuni une cinquantaine de responsables d'entreprises soucieux de mieux savoir ce que le domaine médical offre « d'opportunités pour les entreprises microtechniques » et de préalables à réaliser avant de pouvoir y trouver une place. Pour l'essentiel, les entreprises qui envisagent leur diversification doivent acquérir deux compétences: d'une part, la capacité d'intégrer différentes technologies dans des systèmes complexes; d'autre part, réduire les cycles de mise sur le marché. Beaucoup semble prête à faire le pas. Manifestement intéressé, Daniel Gaulard (Alu Précis, mécanique générale de précision) ne cache pas n'en être qu'aux « balbutiements » de la démarche. « Nous souhaitons diversifier nos activités, le médical participe de notre réflexion », assure-t-il.
La région franc-comtoise a l'ambition de donner une visibilité mondiale à ses entreprises dans le domaine microtechnique, notamment médical. C'est en bonne voie.
© 2009 Le Journal de MEDTEC France